
« L’homme n’a ni pouvoir, ni privilège, seulement des responsabilités ». Cette citation d’Oren Lyons, chef de la très sérieuse Confédération iroquoïenne des cinq nations, donne le ton. La famille Singla, une ancienne et très puissante famille du Sud de la France, se retrouve dans les propos du chef de la Nation Onondaga. Ce dernier s’offusquait dans ses discours à l’ONU de la place prise par l’homme. « L’homme croit quelquefois qu’il a été créé pour dominer, pour diriger. Il se trompe ». Ces bonnes paroles indiennes sont aujourd’hui reprises par les propriétaires du domaine qui prônent une agriculture respectueuse de sa terre. « Notre place est entre les montagnes et les fourmis, quelque part, et simplement dans ce petit espace-là, telle une infime partie, une parcelle de la création. » Voilà qui est dit.
Originaire des Cévennes, cette riche famille protestante perd ses titres et ses terres à la révocation de l’Édit de Nantes. Ils décident alors de « se refaire » en travaillant « d’arrache-pied ». Vers 1760, Michel Singla quitte Béziers pour le Roussillon où il développe un commerce dans le vin entre l’Espagne et l’Afrique. Devenant armateurs à Port-Vendres, les Singla possèdent alors trois Briks : « le Singla », « l’Henri » et « l’Edouard ». Le commerce est fructueux. Les propriétés Singla naissent en Roussillon. La famille se fixe à Rivesaltes pour exploiter un vignoble de 250 hectares dans la Vallée de l’Agly. Dans les années 1900, Justin de Besombes épouse Marie Singla et, depuis cette époque, les Besombes-Singla veillent sur le vignoble que chaque génération se fait un devoir de perpétuer en se transmettant les valeurs de la famille : « liberté d’esprit, fougue, dépassement des difficultés, rigueur dans le travail et respect de la parole donnée ».
Il plaque tout…
Tout comme le chef iroquois, Laurent de Besombes-Singla estime que « l’homme a une mission sur terre : embellir, construire, transmettre ». Ce jeune propriétaire a « plaqué » ses études de droit pour redevenir ouvrier agricole. Il raconte pour l’anecdote que le jour d’un examen de droit civil, il préféra dessiner la cave idéale que de répondre aux questions. Même si dans la famille, on est à la fois juristes et vignerons, Laurent décide, à 21 ans, qu’il s’occupera uniquement du domaine. « Il se sentait davantage appelé par les vignes que par les prétoires ». En 1998, il devient ouvrier agricole puis, avant de retourner, en 1999, sur les bancs du lycée agricole de Rivesaltes. En 2001, il reprend la propriété familiale et l’oriente vers une conversion en biodynamie, pour faire de « vrais vins ». Le vigneron a aujourd’hui 35 ans et le même enthousiasme pour son terroir. Lorsqu’on lui demande d’évoquer ses vins, il répond qu’il cherche l’authenticité, la finesse l’élégance sur une terre riche baignée par le soleil, qui regarde l’imposant mont Canigou, symbole du Roussillon. À l’image de ce Côtes du Roussillon « el Moli » 2008, un cru issu de vignes conduites en agriculture biologique. Né sur les terres rouges argilo-calcaires de la vallée de l’Agly, au pied du vieux moulin (Moli en catalan), cet assemblage de syrah (70%) et de grenache noir (30%) est « l’illustration parfaite d’un vin qui exprime pleinement les caractéristiques de son terroir et de ses cépages qui aiment le soleil », explique le vigneron. Dense et voluptueux.
Patrick Lebas
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