vendredi 28 janvier 2011

Haut-Brion, le grand cru hors catégorie


Le célèbre château de Pessac-Léognan est le seul premier cru des Graves cité dans le célèbre classement de 1855, où seuls les vins du Médoc apparaissent. Aujourd’hui, propriété d’une famille américaine, ce vignoble de 45 hectares reste un des vins les plus mythiques.

Le Haut « briga » n’aura jamais aussi bien porté son nom. Dans le patois gascon, on vous explique que ce terme désigne un mont qui domine une terrasse graveleuse. En faisant un mauvais jeu de mot, on avancera que Haut-Brion atteint effectivement des sommets. Ce premier cru s’est imposé au fil des siècles comme l’un des plus grands vins de la planète. C’est d’ailleurs le seul cru hors médoc à bénéficier du célèbre classement de 1855 (lire ci-dessous) Une prouesse pour un vin décidément hors norme.

Peut-on penser que Haut-Brion est suffisamment puissant pour faire monter les enchères d’un domaine voisin, les Carmes de Haut-Brion, vendu récemment la bagatelle de 18 millions d’euros, un record dans le vignoble bordelais ? Mais si les prix sont à l’opposé (500 euros pour Haut-Brion, contre une trentaine d’euros pour les Carmes), les deux domaines ne sont pas si étrangers que cela, ils ont le même fondateur, Jean de Pontac. Les deux vignobles qui ne sont pas contigus, sont bel et bien séparés depuis 1584. Une petite partie des Carmes Haut-Brion est située sur le bas du contrefort de la terrasse graveleuse « Haut-Brion » depuis le XVe siècle mais n’a pas eu l’honneur d’être classé. Quant au voisin, Mission Haut-Brion, longtemps concurrent, il fut finalement racheté en 1983 par Haut-Brion.
Qu’importe si les deux domaines de Pessac-Léognan ont pris des trajectoires différentes, Jean de Pontac, un centenaire visionnaire, n’aura eu de cesse de construire, depuis 1533, un domaine viticole de renom. On prétend même qu’il fut le premier château érigé à l’intérieur d’un domaine viticole.
D’après l’historique de Haut-Brion, les premières traces d’une vigne remontent à 1426. comme bien souvent, c’est une dot qui est à l’origine de tout. Celle de la famille de Jeanne de Bellion, épouse de Jean de Ponta. Ce dernier qui fera trois mariages, laissera derrière lui quinze héritiers. Le domaine traversera les âges en connaissant plusieurs propriétaires, notamment Charles-Maurice de Tallleyrand-Périgord, alors ministre des relations extérieures de Napoléon Bonaparte, futur Napoléon 1er.
En 1935, Clarence Dillon, un riche banquier américain, acquiert Haut-Brion. Ce grand amateur de la culture et de la gastronomie française, fait commandeur de la légion d’honneur pour ses nombreux dons à la ville de Bordeaux, a très largement contribué à la notoriété de Haut-Brion aux États-Unis. Son fils, Douglas, ne fut-il pas ambassadeur des Etats-Unis en France et également ministre de l’économie sous John F. Kennedy et Johnson ? Comme plus tôt avec Talleyrand et Jefferson, château Haut-Brion accompagne les plus grands repas franco-américains. C’est aujourd’hui la petite fille de Clarence, Joan Dillon et son fils, Robert de Luxembourg qui assurent les destinées de ce grand cru unique, classé deux fois, dans le prestigieux classement des grands crus de 1855 et celui des crus classés de Graves, en 1959.

Patrick Lebas

Les vins Haut-Brion
Si l’on occulte Mission Haut-Brion, le domaine produit quatre vins : le célèbre cru classé qui représente à lui tout seul 48,35 hectares et deux blancs, le Clarence de Haut-Brion (anciennement château Bahans, second vin du domaine), château Haut-Brillon blanc (2,87 hectares) et la Clarté de Haut-Brion (anciennement appelé les Plantiers du Haut-Brion). Le premier cru classé est un vin rouge unique produit sur des sols de gravier profond à partir de merlot (45,4%), de cabernet-sauvignon (43,9%), de cabernet (9,7%) et de petit verdot (1%). Il connaît un élevage long de 18 à 22 mois (80% fûts neufs). Le terroir de Pessac s’exprime dans ce vin « par une signature unique, explique-t-on chez Haut-Brion, avec un bouquet empyreumatique (havane, chocolat, torréfaction, bois de cèdre…) ». La puissance est rapidement au rendez-vous mais si les tanins patientent suffisamment, notamment ceux du cabernet, ils révèlent une étonnante douceur et surtout une incomparable longueur. Comptez 500 euros au minimum la bouteille pour le premier grand cru classé, une cinquantaine d’euros pour le Clarence et 200 euros pour La Mission.
> Plus d’infos sur haut-brion.com

lundi 17 janvier 2011

Les vins sont-ils coincés dans les bouchons ?

Le traditionnel bouchon en liège reste la solution préférée des consommateurs et ce malgré les problèmes liés au goût de bouchon. Mais un challenger synthétique italien pourrait bien changer la donne.

Qui n’a jamais eu l’occasion de constater que son vin préféré présentait un bien vilain défaut ? Au nez ou en bouche, voire les deux, le tristement goût de bouchon s’attaque à nos crus. Le phénomène n’a rien de récent. Il est aussi vieux que le bouchon lui-même. Pourtant, sa découverte est tardive. La molécule responsable de cette déviance, le 2,4,6-trichloroanisole, plus communément appelée TCA, est en effet découverte en 1981, par un scientifique helvétique, Hans Tanner. La faute aux produits chimiques qui ont envahi notre quotidien (produit de traitement des charpentes, fongicides…), la faute aussi à la surproduction mondiale de vins et donc de liège, la faute aux producteurs eux-mêmes qui ne prennent pas toujours les mesures pour lutter contre ce problème et obturent leurs vins avec des produits pas toujours de qualité… Les vins bouchonnés présentent des concentrations moyennes en TCA de 8 nanogrammes par litre, mais elle est décelable dès 5 nanogrammes par litre, voire 2 ou 3 nanogrammes pour un nez amateur.

Environ 6% des vins « empoisonnés »
Le goût de bouchon est devenu un fléau qui empoisonne près de 6% des vins, selon les spécialistes. Et pourtant, même si des solutions existent, les consommateurs restent très attachés au liège, perçu comme étant le meilleure solution pour laisser évoluer les vins dans le temps. Car le bouchon laisse respirer le vin. Sans air, il meurt, avec trop d’air, il s’abîme aussi. Le bouchon doit donc réguler l’air qui pénètre. Mais si le liège reste le matériau des conservateurs, les solutions alternatives ont fait leur apparition. La vis, très appréciée des anglo-saxons, le verre et le synthétique sont apparus comme des solutions efficaces. Ce dernier matériau fait beaucoup parler de lui depuis peu. En particulier un produit conçu en 2002 par l’industriel italien Guala. Ce nouveau bouchon composite et synthétique, AS Élite ou plus simplement « Guala », est ce que Olivier Leflaive, adepte depuis 2004, appelle un bouchon « haute technologie ». Pourquoi ? Parce que c’est la première fois que le synthétique permet de reproduire les bienfaits du liège, en assurant la perméabilité à l’oxygène tout en garantissant sa bonne tenue dans le temps. Cette innovation aura nécessité cinq années de recherche en collaboration avec le Massachusetts Institute of Technology (MIT) et quatre millions d’euros d’investissement. Pour un résultat qui suscite l’intérêt des viticulteurs. Même s’ils réclament du temps pour juger de sa tenue dans le temps. Mais sérieux avantage pour le Guala, contrairement à la capsule à vis, il ne nécessite aucun investissement puisqu’il s’adapte aux lignes d’embouteillage traditionnelles. S’il n’existe pas de solution miracle, le synthétique apporte une alternative au traditionnel bouchon de liège, trop souvent, malheureusement, contaminée par le TCA.

Patrick Lebas

Comment fabrique-t-on le Guala ?
L’As Élite, ou Guala, est composé de trois parties :
Le châssis. C’est le composant structurel de l’AS Elite. Il a pour mission de bloquer le système en condition d’utilisation, évitant ainsi l’allongement et garantissant le maintien de l’interférence avec le verre. Il a aussi le rôle de guider l’intromission du tire-bouchon. La matière utilisée est un polypropylène à haute rigidité et la technologie de process est le moulage par injection, indique le fabricant.
Le bouclier. C’est le seul composant en contact avec le vin. La présence de ce bouclier a été décidé pour pouvoir disposer de la meilleure matière possible en termes d’inertie chimique et d’absence d’interaction. a matière utilisée appartient à la famille des polypropylènes et c’est une spécialité fabriquée avec des catalyseurs metallocènes. La technologie de production est, là aussi, le moulage par injection.
Le corps. C’est la partie compressible qui, grâce à l’interférence avec la superficie interne du col de la bouteille, garantira la tenue. La matière employée est un élastomère thermoplastique et la technologie du process est le surmoulage par injection assistée d’expansion réalisée par des agents spécifiques.

jeudi 6 janvier 2011

Dégustation de trois aligotés en vogue

:: Aligoté 2008, Frédéric Magnien

Frédéric Magnien est davantage connu pour les grands vins qu’il vinifie dans sa belle cuverie de Morey-Saint-Denis. Mais, comme les champenois l’ont compris avec le brut sans année, véritable référence d’une maison, l’aligoté est un bon moyen de contrôler la qualité du viticulteur. Frédéric Magnien n’a donc pas de quoi être inquiet pour sa production… son aligoté n’est pas le plus vif de la côte mais il offre un visage différent, plus boisé, plus élégant qu’un aligoté traditionnel. Son prix reste doux, cinq euros chez les bons cavistes.

> Plus d’infos au domaine : 26 route Nationale 21220 Morey-Saint-Denis //
Tél : 03 80 58 54 20 ou www.frederic-magnien.com

:: Bouzeron, A & P de Villaine

Aubert de Villaine a deux amours, Vosne-Romanée et Bouzeron. Un complet décalage entre l’un des vins les plus chers de la planète et le petit village du nord de la Saône-et-Loire. C’est pourtant ici qu’il a construit avec son épouse américaine, Pamela, son domaine (en culture biologique depuis 1986 !). Tous les vins produits ne sont pas exclusivement issu de l’aligoté, il a fallu se diversifier et s’ouvrir au pinot noir et au chardonnay mais la réputation a été construite grâce au Bouzeron, « sec mais tendre », avec cette « agréable vivacité désaltérante ».

> Plus d’infos au domaine : 71150 Bouzeron // Tél. : 03 85 91 20 50 ou www.de-villaine.com

:: Bourgogne aligoté, Paul et Henri Jacqueson

La famille Jacqueson est installée à Rully mais n’a jamais cachée son amour pour le cépage aligoté. Le domaine propose un Bouzeron (à partir de vieilles vignes d’aligoté) et un Bourgogne aligoté plus dans la lignée des véritables aligotés, sur le fruit. Ne cherchez pas la longueur et la complexité aromatique, ce vin, élevé en fûts, se veut minéral, vif et léger, en bouche et dans notre bourse (entre 7 et 8 euros et 9 euros pour le Bouzeron les Cordères).

> Plus d’infos au domaine : 5 et 7, rue de Chèvremont 71150 Rully // Tél. : 03 85 91 25 91

Retrouvez l'article complet sur l'Aligoté sur Divine Comédie