
Le célèbre château de Pessac-Léognan est le seul premier cru des Graves cité dans le célèbre classement de 1855, où seuls les vins du Médoc apparaissent. Aujourd’hui, propriété d’une famille américaine, ce vignoble de 45 hectares reste un des vins les plus mythiques.
Le Haut « briga » n’aura jamais aussi bien porté son nom. Dans le patois gascon, on vous explique que ce terme désigne un mont qui domine une terrasse graveleuse. En faisant un mauvais jeu de mot, on avancera que Haut-Brion atteint effectivement des sommets. Ce premier cru s’est imposé au fil des siècles comme l’un des plus grands vins de la planète. C’est d’ailleurs le seul cru hors médoc à bénéficier du célèbre classement de 1855 (lire ci-dessous) Une prouesse pour un vin décidément hors norme.
Peut-on penser que Haut-Brion est suffisamment puissant pour faire monter les enchères d’un domaine voisin, les Carmes de Haut-Brion, vendu récemment la bagatelle de 18 millions d’euros, un record dans le vignoble bordelais ? Mais si les prix sont à l’opposé (500 euros pour Haut-Brion, contre une trentaine d’euros pour les Carmes), les deux domaines ne sont pas si étrangers que cela, ils ont le même fondateur, Jean de Pontac. Les deux vignobles qui ne sont pas contigus, sont bel et bien séparés depuis 1584. Une petite partie des Carmes Haut-Brion est située sur le bas du contrefort de la terrasse graveleuse « Haut-Brion » depuis le XVe siècle mais n’a pas eu l’honneur d’être classé. Quant au voisin, Mission Haut-Brion, longtemps concurrent, il fut finalement racheté en 1983 par Haut-Brion.
Qu’importe si les deux domaines de Pessac-Léognan ont pris des trajectoires différentes, Jean de Pontac, un centenaire visionnaire, n’aura eu de cesse de construire, depuis 1533, un domaine viticole de renom. On prétend même qu’il fut le premier château érigé à l’intérieur d’un domaine viticole.
D’après l’historique de Haut-Brion, les premières traces d’une vigne remontent à 1426. comme bien souvent, c’est une dot qui est à l’origine de tout. Celle de la famille de Jeanne de Bellion, épouse de Jean de Ponta. Ce dernier qui fera trois mariages, laissera derrière lui quinze héritiers. Le domaine traversera les âges en connaissant plusieurs propriétaires, notamment Charles-Maurice de Tallleyrand-Périgord, alors ministre des relations extérieures de Napoléon Bonaparte, futur Napoléon 1er.
En 1935, Clarence Dillon, un riche banquier américain, acquiert Haut-Brion. Ce grand amateur de la culture et de la gastronomie française, fait commandeur de la légion d’honneur pour ses nombreux dons à la ville de Bordeaux, a très largement contribué à la notoriété de Haut-Brion aux États-Unis. Son fils, Douglas, ne fut-il pas ambassadeur des Etats-Unis en France et également ministre de l’économie sous John F. Kennedy et Johnson ? Comme plus tôt avec Talleyrand et Jefferson, château Haut-Brion accompagne les plus grands repas franco-américains. C’est aujourd’hui la petite fille de Clarence, Joan Dillon et son fils, Robert de Luxembourg qui assurent les destinées de ce grand cru unique, classé deux fois, dans le prestigieux classement des grands crus de 1855 et celui des crus classés de Graves, en 1959.
Patrick Lebas
Les vins Haut-Brion
Si l’on occulte Mission Haut-Brion, le domaine produit quatre vins : le célèbre cru classé qui représente à lui tout seul 48,35 hectares et deux blancs, le Clarence de Haut-Brion (anciennement château Bahans, second vin du domaine), château Haut-Brillon blanc (2,87 hectares) et la Clarté de Haut-Brion (anciennement appelé les Plantiers du Haut-Brion). Le premier cru classé est un vin rouge unique produit sur des sols de gravier profond à partir de merlot (45,4%), de cabernet-sauvignon (43,9%), de cabernet (9,7%) et de petit verdot (1%). Il connaît un élevage long de 18 à 22 mois (80% fûts neufs). Le terroir de Pessac s’exprime dans ce vin « par une signature unique, explique-t-on chez Haut-Brion, avec un bouquet empyreumatique (havane, chocolat, torréfaction, bois de cèdre…) ». La puissance est rapidement au rendez-vous mais si les tanins patientent suffisamment, notamment ceux du cabernet, ils révèlent une étonnante douceur et surtout une incomparable longueur. Comptez 500 euros au minimum la bouteille pour le premier grand cru classé, une cinquantaine d’euros pour le Clarence et 200 euros pour La Mission.
> Plus d’infos sur haut-brion.com

