mardi 28 décembre 2010

Tchin… qui vivra boira…

L’imagination nous transporte, assez facilement, quelques centaines d’années en arrière, à la belle époque des rois et des ducs… lorsque la raison, la médecine, la morale nous fichaient une paix… royale. Les dîners n’avaient rien d’alimentaire, juste une fête, un signe extérieur de richesse, un passe-temps bien plus qu’une obligation. Les mets s’enchaînaient sans qu’un quelconque nutritionniste ne se risque à prendre la parole pour jouer les modérateurs, les sous-sols des palais servaient encore plus de cachots que de caves… Sans restriction, le vin coulait à flot… L’homme a toujours eu tendance à tomber dans la beuverie. L’ancien testament relate déjà ce phénomène.
L’ivresse était alors fréquente, même si Noé fut le premier à en payer les pots cassés… Pour avoir abusé de l’amphore divine, il s’offrira la première gueule de bois de l’histoire de l’Humanité. Sa pénitence : l’humiliation. Rien que ça ! Car l’ivresse est, à l’époque déjà, humiliante. Elle sera par la suite réprimée, par les moines d’abord, la société ensuite. Et pourtant, dès le Moyen-Âge, le vin devient un produit de consommation courant (enfin tant qu’il ne tourne pas aigre). La Renaissance en fait un produit de société, un signe extérieur de richesse, synonyme de plaisir. Mais ne vous avisez pas de taxer le plaisir et de réglementer sa consommation par l’impôt ou en diabolisant les tavernes, ces établissements que Balzac appelaient les « parlements du peuple »… Sous peine de voir éclater une Révolution.
De tout temps, l’homme (et la femme) s’est noyé dans l’ivresse. Comment nos bataillons auraient tenu sans leur « gnole », comment nos ouvriers, mineurs, auraient passé le cap de l’industrialisation sans devenir fous ? De tout temps, l’homme a bu et l’homme continuera à boire. D’ailleurs on n’a jamais aussi bien bu. Quel roi, quel duc, quel mondain de la Renaissance ou du XIXe siècle peut se vanter d’avoir déguster de meilleurs flacons que ceux qui nous sont proposés par notre génération ? Et puis cette semaine, on apprenait que l’eau avait du mal à être bonne et que même le plastique de nos eaux des Alpes, d’Auvergne et d’ailleurs risquait de nous rendre malades. Alors effectivement, je me dis que l’on vit une époque formidable parce que le vin n’a jamais été aussi bon qu’aujourd’hui. Enfin, de toute façon, personne ne viendra nous prouver le contraire…

lundi 20 décembre 2010

Comment impressionner sa belle-mère (et plus si affinités) à noël

La période veut cela…Nous déambulons chemin malfaisant dans les artères bouchées du centre-ville ou des périphéries tout aussi encombrées. C’est noël et cette année, maman, papa, oncle Jean, tante Monique et le cousin tellement lointain qu’on en a oublié son prénom, bref tous nous réclament la petite bouteille de derrières les fagots. C’est noël, et ça me saoûle, c’est le cas de le dire… parce que moi, le vin, j’aime bien le boire mais alors l’acheter, c’est une autre paire de manches… Surtout que comme cadeau empoisonné, on ne fait pas mieux. Si le vin est bouchonné, tu te le prends dans les dents toute la soirée, s’il n ‘est pas bon, je ne vous raconte même pas… Non vraiment, acheter le vin de noël, c’est pas un cadeau !

L’année dernière, c’est ma belle-mère qui s’y était collée, parce qu’aucun mâle digne de ce nom n’avait dénié lever le petit doigt. Où sont les hommes ? Bon, le résultat n’avait pas été franchement déméritant mais on avait bu un petit Merlot de grandes surfaces pas cher. Ca passait bien, ça grattait pas trop le gosier et puis, du coup les mecs, ils se sentaient pas trop de la ramener, eu égard aux efforts fournis. Pour ce millésime 2010, j’ai fait mon mignon, histoire d’épater « la belle doche », tu parles d’une galère ! Au départ, j’étais parti dans l’idée de prendre mon bon vieux caddy rouillé du samedi et de trouver le coup fumant du jour, genre en supermarché, je vais vous la trouver la petite bouteille qui va bien, le grand Bourgogne qui écrase les prix ! Ah, ah, mon jour de gloire est arrivé, ils vont voir tous ces vieux mâles bedonnants que la jeunesse tient encore la route… et pour pas cher en plus.

Et puis j’ai repensé à ma dernière expérience dans les linéaires. Franchement, j’avais voulu marquer le coup, prendre un grand vin, un truc du genre Vosne-Romanée premier cru machin chose, le truc que tu ne bois pas tous les jours et qui illumine les yeux des amoureux des belles choses. Genre, allez c’est pas tous les jours noël, je vais mettre 40 euros dans une bouteille, c’est pour la bonne cause, c’est la fête. Tu parles d’un dîner de fête, le pinot donnait l’impression d’être passé à la machine avec des produits toxiques. Résultat : le vin était mort depuis bien longtemps. A-t-il seulement vu le jour ? Non vraiment, je ne vais pas refaire la même erreur. Cette année, c’est décidé, je vais voir un professionnel… Il y en a partout maintenant à Dijon. En deux ans, ils ont poussé comme de la pourriture noble sur un raisin humide.

Je l’avoue bien volontiers, je n’avais pas plus confiance en eux mais bon… J’ai quand même poussé leurs portes, en me rendant vite compte qu’ils étaient plutôt sympas nos cavistes et parfois de bon conseil. Et puis, comme le vin n’est pas une science exacte, je me suis dit que j’allais tester la marchandise, histoire de ne pas me rater pour mon dîner parfait. Et bien, c’était plutôt agréable… j’ai gardé le contact, le petit gars, il connaît mes goûts, ma petite vie, mon budget. Lui, il a rigolé quand je lui ai raconté ma virée sous les néons des supermarchés. Il déplore seulement que le petit monsieur tout le monde fonce tête baissée avec son chariot coloré dans les travées des hyper magasins, alors que souvent il paie plus cher que chez lui quelque chose qui finira parfois à l’égout. Mais comme dirait une copine, c’est le grand jeu de la vie, le vin, c’est comme tout, faut connaître, faut écouter et parfois ne pas écouter… Du coup, je me sens vachement détendu pour mon dîner de noël, enfin si j’ai pas tout bu avant.

> Paru dans Bing Bang, le magazine urbain dijonnais