dimanche 28 novembre 2010

Le Vin du mois de Divine Comédie : Clos des Lambrays 2006

Il tire bien souvent le premier en Côte de Nuits. Thierry Brouin aime à vendanger tôt. Une atypicité pour ce grand cru de Morey-Saint-Denis qui ne semble pas altérer la qualité du vin, qui ne se bonifie pas qu’en cave, mais également au fil des millésimes. L’œnologue est responsable du standing acquis par l’un des cinq grands du village. Et la « concurrence » est rude avec des noms comme Clos de Tart, le monopole voisin, Clos de La roche, Bonnes Mares et autre Clos-Saint-Denis. Sans en rajouter, Morey fait ainsi partie des terroirs les plus « capés » en matière de grands crus. Près de 37 hectares de ces grands vins poussent ici dans une relative discrétion. Le Clos des Lambrays ne boude évidemment son plaisir d’être devenu un des grands de Bourgogne. D’autant plus que le domaine revient de loin… Divisé entre 74 propriétaires différents pendant la révolution de 1789, il a fallu « réunifier » le clos. La propriété, que l’on appelait autrefois « la Belle au vin dormant » n’a donc pas toujours connu le succès. Après le décès de Madame Cosson, Roland de Chambure et les frères Fabien et Louis Saier reprennent le domaine en 1979. Ils investiront financièrement et qualitativement, en recrutant Thierry Brouin par exemple, pour faire du Clos un grand cru digne de ce nom. Mission accomplie en 1981 puisque le Clos des Lambrays devient le cinquième grand cru de Morey-Saint-Denis. Le domaine, aujourd’hui propriété de Günter et Ruth Freund, de Coblence, poursuit sa marche en avant. Ce grand cru, suave et profond, est une belle expression du pinot noir. Quelqu’un a dit que le cépage bourguignon ne supportait pas la médiocrité… il faudrait inventer une devise pour son contraire, lorsque celui-ci touche au sublime.

> Plus d’infos au domaine, à Morey-Saint-Denis. Tél. : 03 80 51 84 33 ou clos.lambrays@wanadoo.fr// www.lambrays.com

vendredi 26 novembre 2010

Tchin ! À petit feu…

L’info nous tombe dessus en ce vendredi enneigé : ça y est, les régimes passent à la moulinette médiatique. Les diètes avaient, jusque-là, été épargnées. Mais une semaine après avoir honoré le repas made in France, voilà qu’une étude nous invite à réfléchir sur la dangerosité des régimes amincissants… Quelques spécialistes tirent la sonnette d’alarme depuis quelques années : manger peut tuer ! Les régimes, la mal-bouffe et ses conséquences (obésité, cancer…). L’industrie nous tue à petit feu. À l’instar de l’agriculture et de la viticulture, qui se rachètent progressivement une conduite plus raisonnable – à base de bio ou d’une culture moins « pesticidée » –, il est plus que temps aujourd’hui de revoir les bases de notre alimentation. Le fameux « je mange des produits de chez moi ». C’est mieux pour la planète, l’écologie et tous les grands principes politiques, c’est meilleur et ça coûte moins cher. Alors pourquoi cette grande idée a-t-elle autant de mal à se mettre en place ? Il fallait regarder Envoyé spécial, sur France 2, pour avoir un début de réponse… Les journalistes se sont intéressés à un phénomène intéressant : celui des restaurants, très courtisés par les industriels, qui leur vendent du tout-fait, presque du tout-cuit, pourrait-on dire… Plus besoin de se casser la tête à faire son marché ou ses courses, plus besoin de cuistot, de pâtissier, de commis… moins de charges, moins de TVA, plus de marges, et toujours plus d’industrie, plus de trucs insipides, pas bons dans la bouche, pas bons dans notre corps… Heureusement, le gouvernement a mis en place un nouveau label, maître-restaurateur, pour ceux qui s’engagent à cuisiner sur place des produits frais, le plus souvent. Mais seulement 1 000 établissements sur plus de 80 000 ont demandé cette distinction… Un restaurant où l’on cuisine sur place, un peu comme les boulangers qui s’engagent à cuire leur pain sur place… c’est dingue quand même quand on y pense, en France, c’est à ceux qui font bien de se justifier !

mardi 16 novembre 2010

Tchin ! Mémoires de trous

Petite brève de comptoir qui nous laisse à réfléchir, en tout cas me fait sourire. Deux hommes, sexagénaires bien dans leurs Mephisto en train de se remémorer quelques scènes cocasses de leur vie. Deux amis manifestement contents de se revoir et bavassent sur les bons moments passés ensemble. Comment leurs souvenirs remontent-ils à la surface ? L’un d’entre-eux nous donne l’explication… « Tu te rappelles cette fameuse soirée, il y a cinq ou six ans, on avait fini à la fête foraine ? ». Son interlocuteur ne semble pas se rappeler… « Mais si avec Serge, passablement éméché, qui avait failli blesser quelqu’un avec ses boules de pétanque »… insiste le premier. Le second percute et nos deux larrons partent dans une crise de fou rire en se repassant la scène dans leurs têtes. Et nous aussi, on s’imagine la scène en souriant. Je me dis qu’il y a deux façons d’interpréter cette anecdote. Nos femmes diront que l’on boit trop – c’est un fait –, mais rirons finalement de bon cœur car elles apprécient de voir leurs « bonhommes » rigoler. Et puis, on peut également se dire qu’il y a bien du génie dans le vin. Car quel meilleur moyen de figer dans le temps une scène pour le moins anodine entre trois hommes sortis faire la fête ? On nous a toujours appris que les soirées trop arrosées avaient tendance à nous faire perdre la mémoire. C’est loin d’être tout à fait exact quand on pense aux souvenirs que ces deux hommes ont partagé avec moi ce soir là… Tchin !

jeudi 4 novembre 2010

À la table des multiplications

Le vin – on le dit suffisamment ici – est un produit culturel. Si si, même Angela Merckel, la chancelière du pays de la bière, en est convaincue. « Le vin n’est pas seulement un aliment, dit-elle à l’Europe, je pense que tout le monde (…) est d’accord pour le dire. Le vin est également synonyme de conscience de vivre et surtout de joie de vivre. » Bon, c’est pas en France qu’on entendrait des trucs comme ça… mais bon, tout ça pour dire que le vin est bien plus qu’un aliment… À ce titre, ne doit-il pas être régi comme un livre ? La question n’a rien de saugrenu. Nombreux sont ceux qui réclament un cadre à la tarification des vins, histoire par exemple de contrôler la politique tarifaire des restaurants, coupables selon certains d’apposer parfois des marges indécentes. Paul Dubrule, à l’époque patron des Mercure, avait, imposer un coefficient multiplicateur fixe de 2,5 sur les vins qu’il proposait sur ses tables. Sur le livre, les choses sont bien différentes. Le prix est fixé par l’éditeur et inscrit sur l’ouvrage, les marges se négociant par la suite entre la maison éditrice et les diffuseurs… Est-il inconcevable de fixer le prix du vin directement au domaine ? Le vin peut-il n’avoir qu’un prix et un seul ? Cela règlerait le problème des dérives dans des établissements qui n’hésitent pas à multiplier par 4, 5, 6 et plus… Mais c’est oublié un peu vite que le vin est contrairement au livre, un produit vivant… et, accessoirement, qu’il s’améliore au fil du temps. D’autant plus qu’il est devenu un produit sur lequel certains spéculent… Quelques vins se font donc rares et donc plus chers. Et c’est là que le prix unique montre ses limites. Reste l’idée de Paul Dubrule de mettre en place un coefficient multiplicateur au restaurant… why not ?

mardi 2 novembre 2010

Coming-out

En regardant le JT de TF1, la vérité m’a explosé à la figure comme une canette de bière trop chaude qu’on se serait empressé d’ouvrir après une journée laborieuse. C’est la faute à Laurence Ferrari. J’ai d’ailleurs failli avec mon porc resté en travers. Fichtre, la présentatrice y va fort au moment de pousser le bout de gras. C’est d’ordinaire l’heure où les travailleurs ont fini leur journée et goûtent au plaisir immodérée d’une bière, fraîche. Laurence, toute pimpante, la fourbe, vient alors nous gâcher la fête avec un sujet qui fâche : l’alcoolisme chez les femmes, des cadres même. Comme le suggère le superbe sujet de TF1, la femme cadre boit ! Avec ce commentaire d’une alcoolique mondaine bien dans ses talons aiguilles, nettement moins bien à l’écran. Il faut dire que la prod’ la « floute » sévèrement. Pour exacerber la gravité de la situation. Visage caché, la dame nous octroie un mémorable : « Oui mais euh quand même, nous sommes cadres, nous avons de sacrés responsabilités (…) C’est vachement dur la vie de cadre… alors du coup, le soir, on se bourre la gueule! ».
Excusez le manque de précision dans la retranscription mais le sens est là… Remarquez, au moins avec ce genre de reportage, on est moins embarrassé par le côté tragique de la situation. Qu’importe, Laurence tient là son sujet poignant. Chez TF1, ils appellent ça des enquêtes. À 20h12, la blonde nous renvoie dans nos 22 mètres avec cette insupportable et dramatique réalité. Attention à trois on culpabilise : 1, 2, 3… mesdames, messieurs, l’heure est grave : la France boit ! Oui, madame, monsieur, il y a la France de Nicolas , celle qui travaille dur mais il y a aussi la France de Laurence, celle qui boit. Alors moi, en regardant le 20 heures, je me suis dit qu’il ne fallait plus que je me voile la face. Je profite de ces colonnes pour faire mon coming-out. Je suis, disons-le franchement, vinolique ou tout du moins apérolique. Mais ça Laurence, elle connaît pas encore… la fourbe !

> billet paru dans le n°44 du magazine dijonnais urbain & gratuit Bing Bang